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Hayao Miyazaki à l'heure des repas - Partie 3 : Instants féministes





Comme je le disais dans la partie précédente, le féminisme est l'un des thèmes forts de Miyazaki. C'est également un aspect qui semble s'imposer comme une évidence, toujours présent en toile de fond, notamment par le biais culinaire.




Avant toute chose, je vais tenter de définir ce fameux féminisme de Miyazaki. À ce propos, il est bon de rappeler que cette notion a plusieurs facettes et que sa définition évolue en fonction des époques et des contextes politiques. Ici nous allons rester simples est admettre qu'est féministe une personne considérant que le genre féminin est l'égal du genre masculin. Evidemment, l’œuvre de Miyazaki le place en fervent défenseur de cette idée. La filmographie du maître est en effet parcourue de femmes fortes comme Dame Eboshi ou Kushana dans Nausicaä. On peut d'ailleurs considérer deux de ses films comme des plaidoyers en faveur de la femme.





Ainsi dans Nausicaä on voit la classique prophétie du messie détournée de façon à critiquer le patriarcat ambiant. Tous les personnages du film et en premier lieu les femmes sont persuadés que l'élu tant attendu sera forcément un homme. La surprise est totale quand c'est finalement une jeune femme qui prend le rôle de figure salvatrice.
Dans Porco Rosso, on assiste à un procédé assez similaire. Marco est un humaniste qui combat le fascisme, mais qui est tout de même infecté par le machisme de l'Italie de Mussolini. Au fur et à mesure du récit, le cochon est forcé de réviser son jugement, confronté à des femmes beaucoup plus tolérantes, courageuses et intelligentes que lui. La plupart du temps, ce féminisme profond n'est ni souligné ni clairement revendiqué. L'image positive de la femme est toujours présente, mais ne devient évidente que si on prend la peine de réfléchir au message du film visionné.





Pourtant, à quelques occasions, Miyazaki prend la parole et défend la femme contemporaine. Bien souvent, il le fait à l'occasion d'une scène de repas.
Ainsi la première revendication explicite du féminisme de Miyazaki se trouve dans son troisième long-métrage, Le Château dans le ciel (Laputa). Dans ce film, Pazu revient chez lui après avoir abandonné Chihita aux militaires. Quand il rentre, il se fait capturer par les pirates en train de dévaliser son garde manger. Dora interroge le garçon et estime qu'il a vendu Chihita à l'armée. Pazu s'en défend et explique que c'est la jeune fille elle-même qui lui a demandé de faire cela. La chef des pirates est convaincue que Chihita a fait cela pour sauver le jeune homme et tout en engouffrant une énorme part de jambon, elle proclame : « Ça fait 50 ans que je suis une femme, pauvre idiot. C'est à pleurer ce que l'on peut faire pour sauver son homme. »
Dans cette scène, la figure féminine est clairement l'égale de l'homme - même dans ses défauts. En effet, si Dora est intelligente, courageuse et débrouillarde, elle est également fourbe et belliqueuse. Le fait qu'elle se tienne et mange comme un homme et qu'elle n'hésite pas à piller la nourriture d'autrui en est une bonne preuve. Pourtant, contrairement à l'armée, Dora va se révéler chaleureuse et humaine et va tout faire pour sauver Chihita. Ce caractère paradoxal est bien résumé par cette scène dans laquelle Dora adopte sans difficulté les codes de la virilité, mais développe dans le même temps un discours sur le sacrifice dont sont capables les femmes.





Dans Porco Rosso, on retrouve l'idée que la femme est capable de tout faire aussi bien que les hommes, mais avec plus de courage et de sensibilité. En effet, quand Marco fait réparer son avion par Picolo, on assiste à une scène étrange. Lors de l'embauche des ouvriers, Porco constate qu'il n'y a en fait que du personnel féminin. Cela le rend très sceptique quant à la qualité de la construction de son avion. Pour le convaincre, le mécanicien déclare : « Les femmes sont extra. Elles bossent aussi bien que les hommes mais sont plus courageuses. »
Pas vraiment convaincu, le pilote répond : « Sans doute, mais fabriquer un avion c'est autre chose que de préparer la cuisine. » Alors qu'ils devisent ainsi, les nombreuses ouvrières ont eu le temps de préparer l'atelier, de cuisiner un énorme plat de spaghettis et de mettre la table. Les deux hommes n'ont plus qu'à s'asseoir et à manger.
On retrouve ici le discours revendiqué par Dora dans Laputa, mais dans la bouche d'un homme confortablement installé dans une société hautement patriarcale. D'ailleurs, ce discours paradoxal ne parvient pas à convaincre Marco qui continue à regarder les femmes comme de faibles créatures, incapables de se débrouiller seules. Ce qui va vraiment faire évoluer la vision de l'aviateur, ce sont les femmes elles-mêmes, par le biais de l'avion qu'elles ont construit, mais aussi et surtout grâce au personnage de Fio, qui va le faire passer du statut de "cochon" à celui d'être humain.





Dans ce même esprit féministe, on trouve une scène de repas revendicatrice dans Princesse Mononoké. En effet, après son arrivée aux forges de Dame Eboshi, Ashitaka est invité à manger avec les hommes. À cette occasion, il assiste à une dispute entre les ouvrières et les bouviers. L'un des hommes s'emporte et lance : « Tais-toi catin ! Nous avons risqué nos vies pour que tu puisses manger du riz ce soir. Surveille un peu ton langage ! » Ce à quoi on lui rétorque : « Et dis-nous un peu qui fabrique le fer avec quoi on paie le riz ? », suivi de : « Oui ! Qui passe ses nuits aux forges pendant que vous ronflez comme des porcs ? ».
Dans cette scène, Miyazaki met clairement les deux sexes sur un plan d'égalité, puisque les femmes se comportent et s'expriment aussi librement que les hommes. Néanmoins, le réalisateur prend clairement parti et montre les hommes affalés devant leur repas, tandis que les femmes se préparent à une dure nuit de labeur. Il en remet une couche en prêtant aux forgerons un discours extrêmement conservateur, considérant les femmes libres comme la plus grande honte du village. Bien heureusement, ce discours est contrebalancé par l'attitude bienveillante du jeune protagoniste.







Pourtant, cet optimisme apparent en ce qui concerne la place de la femme dans nos sociétés semble quitter progressivement l'esprit du réalisateur.
On trouve un bon exemple de cela dans Ponyo sur la falaise. Il s'agit de la scène dans laquelle Lisa prépare le repas pour sa famille. Le téléphone sonne et Sosuke va répondre. On comprend que c'est le père de famille qui est au bout du fil et qu'il ne pourra pas rentrer, car il accepté de faire des heures supplémentaires. L'enfant passe le combiné à sa mère. La jeune femme s’énerve et reproche à son mari de faire passer son travail avant sa famille. Lisa raccroche rageusement, éteint le feu de la cuisinière et lance : « J'en ai marre ! Sosuke mets tes chaussures, on dîne dehors ce soir. » Son fils la regarde alors calmement et lui répond « Moi j'aimerai mieux dîner à la maison ». Apparemment choquée par cette réponse, Lisa semble d'abord hésiter. Elle finit par se résigner et va se servir une bière dans le frigo.
Comme toutes les scènes, celle-ci est sujette à plusieurs interprétations possibles. Personnellement, je pense que ce qui est montré ici est un cas de soumission volontaire de la femme moderne. Lisa est apparemment une femme libre, volontaire, débrouillarde et qui semble n'avoir peur de rien. Son attitude envers son mari montre qu'elle est loin d'être une épouse soumise et docile. Pourtant quand on sait que dans cette scène, Sosuke veut rester à la maison pour voir le bateau de son père quand il passera près de la maison, on se dit que Lisa reste malgré tout soumise au rôle que la société donne aux femmes.







Ainsi, Miyazaki est toujours habité par une profonde tendresse et par un grand respect envers le "sexe faible" mais on le sent également de plus en plus pessimiste. Comme si le sens de la famille et l'esprit de sacrifice que le réalisateur semble toujours associer aux femmes empêchait ces même femmes de se soustraire à leur condition.
On retrouve d'ailleurs cette idée de l'épouse sacrifiée dans le dernier film du maître : Kaze Tachinu. Cela m'amène à penser que c'est finalement le pessimisme qui l'a emporté chez Miyazaki, en tout cas en ce qui concerne la place des femmes.
C'est donc sur cette pensée morose que se termine ce petit voyage dans l’œuvre du célèbre réalisateur japonais. Je tiens à signaler qu'il s'agit du fruit d'un amateur et que par conséquent, il n'a pas la prétention d'égaler les nombreux ouvrages publiés sur tout ces films. A ce titre, je me permets de vous conseiller la lecture de Hayao Miyazaki, cartographie d'un univers, livre magnifiquement illustré. Je vous invite également à aller puiser l'eau directement à la source en vous plongeant (ou en vous replongeant) dans les films de Hayao Miyazaki.





Si vous avez raté les deux premières parties de l'articles, c'est et que ça se passe.


N'hésitez pas à venir donner votre avis concernant cet article sur le forum.



Le 25-11-2015 à 21:55:54 par : Ange-chan, jules

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