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Hayao Miyazaki à l'heure des repas - Partie 2 : nourriture et personnages



Après un survol rapide de mon sujet, je me lance désormais dans une exploration plus en profondeur. Je vais essayer d'établir un rapport entre les personnages et ce qu'ils mangent. Créature de Miyazaki, dis-moi ce que tu manges, je te dirai avec qui tu t'accordes.







Lors de mon premier visionnage, j'avais d'abord remarqué que l'état d'esprit de certains personnages s'illustrait parfois dans leur attitude vis-à-vis de la nourriture. A titre d'exemple, on peut citer Chihita qui refuse de la nourriture dans la première scène de Laputa (Le Château dans le ciel) , mais également Kiki qui ne parvient pas à manger son pique-nique, tant elle est déçue de son premier contact avec la ville.
Cette utilisation de la nourriture est tout de même relativement classique et ne représente pas la majorité des scènes de repas dans la filmographie du maître japonais.




Par la suite, j'ai remarqué un autre détail : il y a un type de personnage qui est toujours défini par sa façon de manger : le goinfre.
Cette figure se retrouve très souvent dans la filmographie du co-fondateur de Ghibli et on peut citer Lupin, Dora, la plupart des personnages secondaires de Chihiro, Calcifer ou bien encore la petite Ponyo. Ces personnages apparemment très différents se rejoignent pourtant dans leur façon de manger. Lupin, par exemple, se jette avec envie sur un plat de spaghetti et Dora, dans un style similaire, enfourne un énorme morceau de viande. Il y a également Ponyo qui dévore une tranche de jambon bien plus grosse qu'elle.
Le plus intéressant avec ce point commun gastronomique est ce qu'il révèle. En effet, tous ces personnages sont des impulsifs, des individus constamment dirigés par leurs émotions et dont l'attitude irréfléchie peut parfois représenter un danger. C'est bien évidemment le cas de Ponyo, petite princesse des mers au demeurant très sympathique, mais qui a tout de même le pouvoir de déclencher à volonté de terribles tempêtes.





On peut d'ailleurs faire un parallèle avec Calcifer, l'esprit du feu dans Le Château ambulant. Bridé par le pouvoir de Hauru, ce personnage peut à tout moment échapper au contrôle de son maître pour devenir un incendie, "dévorant" tout sur son passage.
Lupin et Dora sont quant à eux des voleurs. Même si leurs capacités intellectuelles sont indiscutables, il n'en restent pas moins des impulsifs boulimiques, avides de trésors et de richesse.





Outre le danger potentiel qu'ils représentent, ces personnages ont un autre point commun, celui d'être toujours montrés avec tendresse et compassion. Lupin a beau être un voleur lubrique, sa fougue naturelle l’amène pourtant à se ranger du coté des faibles et des justes. De même, si Dora et ses pirates sont prêts à tout pour récupérer le trésor de Laputa, ils trouvent leur rédemption en protégeant Pazu et Chihita.
Cette figure du glouton à la fois dangereux et attachant devrait logiquement trouver son contraire : l' ascète ou le gastronome délicat.
J'ai bien cherché, mais n'ai pas vraiment réussi à trouver un personnage type qui serait défini par une relation noble à l'alimentation. On peut penser à Ashitaka qui prend le temps de manger son riz alors que le bonze se précipite pour se resservir, ou encore qui délaisse son bol pour écouter poliment les forgerons lui parler la bouche pleine. Or, le héros de Princesse Mononoke est un personnage complexe, en lutte permanente contre la haine et la violence qu'il renferme. Il est donc loin de n'être défini que par sa manière raffinée de se nourrir.





Finalement, le seul personnage que l'on peut directement opposer à la figure du goinfre, c'est Chihiro. En effet, la fillette est confrontée à un monde de faste dans lequel les repas gargantuesques semblent se succéder à l'infini. Cet univers étrange est introduit dans le film par une scène restée célèbre. On y voit les deux parents de Chihiro s'offrir un repas sans y avoir été conviés et engloutir avec appétit une quantité phénoménale de plats étranges et graisseux. De son côté, la jeune fille, craintive, refuse d'y toucher. Au final, les deux adultes sont transformés en porcs alors que leur enfant s'en sort indemne. Par la suite, alors que les clients des bains se délectent d'énormes plats luisants de graisse, Chihiro préférera un onigiri offert par Haku, un pain fourré partagé avec Rin, ou encore un goûter à l'anglaise chez la sorcière Zeniba.
Dans son ensemble, ce film est un éloge de l'effort et de la simplicité et Chihiro, trop jeune pour être pervertie par une société de consommation massive, offre à Miyazaki une figure parfaite de moralité, qui finira par rallier tout le monde à sa cause.





D'ailleurs, cette même Chihiro se lie à certains personnages grâce à la nourriture. Cela m'a fait prendre conscience que les repas résumaient généralement les relations entre les personnages.
J'ai en effet remarqué plusieurs scènes de repas qui préfiguraient les liens entre les personnages présents.
Le meilleur exemple pour illustrer cette idée se trouve dans Le Château de Cagliostro. Dans la première partie de l'intrigue, on voit Lupin surveiller le château, dans l'optique de l'infiltrer. Pour se réchauffer, il mange un plat de nouilles instantanées préparées par Jigen. Quelques instants plus tard, on voit le comte attablé devant un copieux repas, scène qui est suivie par un banquet luxueux, organisé par ce même comte. Puis, comme le reflet d'un miroir, on découvre l'inspecteur Zenigata, qui garde l'entrée du château en mangeant un plat de nouilles instantanées.
Quand on sait que par la suite, Lupin et Zenigata, les ennemis de toujours, finissent par s'associer dans la lutte contre le comte, on comprend que cela nous était suggéré par avance dans ces scènes de repas.



Un autre exemple très parlant se trouve dans Nausicaä. Je vous l'ai déjà dit dans cet article, ce film ne contient qu'une seule collation mais celle-ci résume à elle seule toute la relation entre Asbel et la princesse de la vallée du vent. On y voit la jeune femme offrir une noix de chico au prince péjite. Celui-ci goutte et se plaint de la forte amertume du fruit noirâtre. Nausicaä lui répond que c'est très nourrissant et le garçon se force à manger. On a presque l'impression sur la fin de la scène qu' Asbel réussit à apprécier ce met particulier. On peut voir là un écho à la conversion difficile mais sincère que le jeune guerrier va opérer, se ralliant peu à peu au pacifisme et à l'écologisme prônés par la princesse.




D'une manière plus générale, il semble évident pour Miyazaki qu'un repas constitue avant tout un moment d'échange. Ainsi, deux ennemis, deux personnes que tout oppose ne peuvent pas être vues à l'écran en train de manger ensemble. C'est pour cela qu'au début de Laputa, Chihita refuse la nourriture proposée par Muska. En quelques secondes, le réalisateur nous révèle que la jeune fille refusera jusqu'au bout d’adhérer aux idées de son geôlier.
On voit également cela dans Mononoke, lorsque le Prince Ashitaka se fait nourrir par San dans une scène qui évoque fortement l'attirance naissante entre les deux jeunes gens. On le voit également partager son repas avec le bonze et manger en compagnie des hommes de la forge.





Par contre, à l'écran, Ashitaka ne mange jamais en présence des esprits de la forêt. Au final, ce film raconte la très difficile cohabitation entre l'humain et la nature et même Ashitaka, profondément habité par le désir de respecter chaque être qu'il rencontre, ne parviendra jamais à se défaire de son appartenance à l’espèce humaine. En cela, il ne peut être l’ennemi de Dame Eboshi ou du bonze mais il est fatalement celui de la louve Moro. Elle ne peut donc être présente à l'écran quand Ashitaka se nourrit.

En écrivant cela, je me dis que je suis peut-être en train de surinterpréter les intentions du réalisateur et que la logique que je viens de décrire pourrait bien être involontaire de sa part. C'est tout à fait possible et si tel est le cas, c'est encore plus impressionnant. Jamais dans un film de Miyazaki, un repas n'est partagé entre deux ennemis. Si cela n'est pas intentionnel, cela signifie que dans l'imaginaire du maître, le repas est un instant particulier qui ne se partage qu'entre personnes du même clan, avec des visions du monde compatibles.
Ces scènes résument symboliquement les films auxquels elles appartiennent, que cela soit voulu ou non. C'est d'ailleurs le cas tout au long de la carrière du réalisateur.
Ce sentiment de cohérence naturelle se retrouve également dans l'un des thèmes centraux du réalisateur : le féminisme.







Si vous avez raté la première partie de l'article, c'est que ça se passe.




N'hésitez pas à venir donner votre avis concernant cet article sur le forum.
Le 25-11-2015 à 21:55:16 par : Ange-chan, jules

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