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Suzukaze
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Le monde des génériques italiens de dessins animés - Partie 1



Contexte de la production italienne de génériques


La télévision se porte très bien en Italie, puisqu’à côté des nombreuses chaînes hertziennes nationales et de la populaire télévision par satellite, fleurissent depuis longtemps d’innombrables chaînes régionales (une douzaine pour Rome et, par exemple, cinq pour la seule Sicile). Même si c’est la totalité de ce panorama qu’il faut considérer pour comprendre la vaste place réservée à l’animation sur la télévision italienne, il convient d’être plus attentif à la guerre que se livrent deux puissances : d’un côté la RAI et de l’autre Mediaset.

La RAI (RAdiotelevisione Italiana) est un groupe de trois chaînes hertziennes de service public, les "canaux historiques" de l’Italie (Rai 1, 2 et 3) auxquels il faut ajouter des chaînes du satellite, RAI International et trois radios. Rai 2 (Rai Due) est une chaîne très orientée vers les émissions pour la jeunesse. Il est arrivé plusieurs fois que le groupe cède les droits d’un dessin animé à son concurrent direct : cela montre que, souvent, il n’a pas su exploiter à fond ses investissements.

Mediaset, le groupe privé de communication de Silvio Berlusconi, contrôle notamment trois chaînes hertziennes (Rete 4, Canale 5 et Italia Uno), quelques chaînes du satellite et la chaîne espagnole Telecinco. Le chiffre 5 est d’ailleurs le symbole des tentatives d’expansion de Mediaset en Europe : on connaît l’expérience malheureuse de l’ancienne chaîne La Cinq en France, et il y eut aussi l’affaire Telefünf (Télé 5) en Allemagne. Des émissions Mediaset comme Bim Bum Bam et Ciao Ciao ont été vénérées par le jeune public comme l’ont été celles de Dorothée en France. Italia Uno est de loin la chaîne qui propose le plus de dessins animés en Italie.

Mentionnons aussi la fameuse maison de production et d’édition R.C.A. qui travaillait avec beaucoup de chaînes et qui, nous le verrons, en a fait baver à plus d’un interprète de génériques.

Les Italiens sont depuis longtemps familiers des génériques en version originale. En effet, une chaîne locale pas très riche qui souhaite diffuser une nouvelle série sans produire un générique a trois solutions : ne pas proposer de générique, proposer une chanson qui n’a rien à voir mais dont on a les droits, ou proposer le générique original. L’original fut donc entendu sur beaucoup de dessins animés américains, parfois européens, et sur des séries japonaises comme General Daimos ou Dragon Ball (une récente rediffusion de Dragon Ball sur Italia Uno présente néanmoins un générique italien). Outre le fait que l’adaptation de quelques dessins animés de studios américains (Muppet Babies, Animaniacs...) nécessite la conservation de la B.O. mais la traduction des paroles du générique, il est arrivé à des chaînes locales et même à la RAI de proposer un générique japonais chanté en italien (Mazinger Z, Jeeg Robot...). Canal Jimmy, Gay.TV et Fox Kids ont récemment proposé un Pegasus Fantasy chanté en italien pour des rediffusions d’I Cavalieri dello Zodiaco, alors qu’il existait trois génériques 100% italiens de cette série très diffusée (avec ou sans censures...).

Mais dans la plupart des cas et quel que soit la nationalité du dessin animé, la RAI, Mediaset et d’autres chaînes produisent leurs génériques (musiques et textes) et utilisent pour les images des extraits du générique original ou un montage douteux d’extraits de la série. Des génériques de fin sont quelquefois fabriqués. Mediaset sait le mieux exploiter le filon : parfois plusieurs génériques pour la même série ; certains génériques d’animés proposés, dans leur version TV, dans un format plus long que la concurrence (2 minutes et quelques secondes précisément) afin de populariser le refrain ; édition et réédition de compilations de génériques ; notoriété des interprètes invités dans des émissions ; coproduction ou entente avec les diffuseurs étrangers que Mediaset contrôle au moins en partie. C’est ainsi que les célèbres génériques de La Cinq interprétés par Claude Lombard sont des compositions italiennes ! Il faudra pourtant faire attention aux faux amis. Par exemple, la mélodie de Sandy Jonquille que nous connaissons en France est à l’origine celle de Cat’s Eyes (Occhi di Gatto) en Italie ! Nous allons voir en tout cas que les productions nippones occupent une grande place dans la programmation jeunesse italienne et que l’engouement ne s’est pas éteint.


Un des singles de la populaire Maya l'abeille

L’émission Bim Bum Bam (reconnaîtrez-vous l'air du générique de Lutinette et Lutinou ?) :
http://www.youtube.com/watch?v=ZT7pz8o9CjY

Le Pegasus Fantasy italien en images :
http://www.youtube.com/watch?v=gYtQu438cts

Occhi di Gatto sur Sandy Jonquille, c’est renversant :
http://www.youtube.com/watch?v=IqICiIlWOjk

Occhi di Gatto aurait aussi traumatisé à vie certains Italiens :
http://www.youtube.com/watch?v=3FcftyaYC8w


Cristina D’Avena et Alessandra Valeri Manera


Les deux reines des génériques Mediaset jouent des rôles différents mais complémentaires, et leur longue carrière est sûrement loin d’être finie. Alessandra Valeri Manera est productrice, responsable des programmes jeunesse, auteur d’un nombre incalculable de textes (la quasi-totalité des chansons de D’Avena plus beaucoup d’autres). Elle utilise parfois le pseudonyme "Alinvest". Non seulement elle est en Italie l’auteur de génériques de dessins animés le plus prolifique, mais elle en a écrit plus que tous les autres réunis ! Sa soif de travail a un point faible évident : elle sacrifie souvent la qualité de ses textes et répète parfois les mêmes motifs d’une chanson à l’autre, sans s’occuper de l’esthétisme. Mais les jeunes Italiens continuent à chantonner avec plaisir Occhi di Gatto, Sailor Moon, Dragon Ball ou Pokémon.

J’ouvre rapidement une parenthèse afin de préciser que je ne vais pas étudier de textes italiens pour ne pas donner à cet article un air de cours de langue. Mais croyez-moi au nom de l’amour et de la liberté, dans ce grand combat du bien contre le mal, si vous voyez ce que je veux dire : les paroles d’un générique ne sont pas ce qu’il y a de mieux !

Cristina D’Avena est l’icône des émissions pour la jeunesse du groupe Mediaset, elle a interprété près de 600 chansons, principalement des génériques de dessins animés, en vrac : I Puffi (les Schtroumpfs), Kiss me Licia (Lucile), D’Artagnan (Sous le signe des Mousquetaires), Maple Town (les Petits Malins), E’ quasi magia Johnny (Max et co.), Mila e Shiro (Jeanne et Serge), Prendi il mondo e vai (Touch), Gemelli nel segno del destino (les Jumeaux du bout du monde), L’ispettore Gadget, Georgie, Nadia, Creamy, Sailor Moon, Sakura, Slayers, Magic Knight Rayearth, One Piece, Totally Spies, les C’era una volta (Il était une fois…) d’Albert Barillé, etc. Elle a chanté Princesse Sarah en français avec un accent approximatif (eh oui, c’est elle !), et bien sûr en italien (Lovely Sara).

D’Avena est née à Bologne en 1964. Elle manifeste très tôt un attrait pour le chant et le spectacle (un rêve de petite fille, comme on dit), et travaille dans ce sens. A 3 ans et demi, elle interprète Il valzer del moscerino, une des nombreuses chansons pour enfants du spectacle Zecchino d’Oro. En 1981, alors âgée de 17 ans, elle est remarquée par le compositeur et chef d’orchestre Augusto Martelli et interprète un des génériques de celui-ci : Bambino Pinocchio. En 1983, Lucy May (Karine, l’aventure du Nouveau Monde) et surtout Canzone dei Puffi (La chanson des Schtroumpfs sur l’air que l’on connaît, qui serait américain apparemment) font déjà d’elle une figure incontournable des programmes jeunesse de Mediaset. Cristina interprétera de nombreuses chansons ayant pour thème les Schtroumpfs, au moins autant que Dorothée.

Les contrats se succèdent, D’Avena se lie d’amitié avec A. Valeri Manera et assoit sa popularité, pour ne pas dire suprématie. A partir de 1986, elle enchaîne une trentaine de génériques par an en moyenne (plus d’autres chansons). Elle est l’actrice principale de la sitcom Love me Licia et de ses suites, qui reprennent les personnages de Lucile (Ai Shite Night). Elle est avant tout une voix, une machine à chanter, elle apparaît bien sûr dans des émissions mais pas autant que Dorothée, qui diversifiait mieux son travail. Dans les années 2000, elle ne tourne cependant plus qu’à une quinzaine de génériques par an, quelques-uns chantés en duo avec Giorgio Vanni ou d’autres. Les deux grandes compilations (en plusieurs volumes) de génériques de Mediaset, Fivelandia et Cristina D’Avena e i tuoi amici in TV, sont souvent classées comme des albums de D’Avena tant elle y est présente, et même rééditées en CD, ce qui paraît extraordinaire à un fan français de génériques.


Fivelandia 18 - Cristina est au centre

Cristina, âgée de 18-19 ans, interprète Lucy May à Bim Bum Bam :
http://www.youtube.com/watch?v=Vra7pOVcnMY

Le générique de Love me Licia, Cristina a 22 ans :
http://www.youtube.com/watch?v=N27nTtgLPBI

Cristina sait vendre… et sait se vendre :
http://www.youtube.com/watch?v=2eu1UWdVkXY

Mais Cristina ne sait pas faire de la magie :
http://www.youtube.com/watch?v=-KBbUKATP3s


Mediaset durant les années D’Avena


Présentons les principaux compositeurs et voyons quelques génériques qui leur sont associés, puisque certaines de leurs musiques sont connues en France. Giordano Bruno Martelli travailla à Mediaset entre 1983 et 1987 : Kiss me Licia, Princesse Sarah, Magica Emi, Creamy, Evelyn (Vanessa)… Pas de problème pour ces cinq exemples, ce sont bien les airs que l’on connaît et on peut se faire une idée du style de leur créateur. Massimiliano Pani fut compositeur entre 1988 et 1991. En France (surtout), on peut le considérer comme le spécialiste de Mitsuru Adachi puisqu’il a composé Prendi il mondo et vai (Théo), Questa allegra gioventù (Une vie nouvelle) et le générique italien de Caroline (2ème série) utilisé dans l’Hexagone pour Tommy et Magalie ! Coïncidence ou choix délibéré ?

Carmelo "Ninni" Carucci est le prince des génériques Mediaset, prolifique et diversifié. Entre 1985 et 1996, il composa : Occhi di Gatto (Cat’s Eye, son premier succès), E’ quasi magia Johnny (Max et co.), Una per tutte, tutte per una (Les quatre filles du Dr March), Denny (Denis la Malice), Hilary (Cynthia), Mila e Shiro (Jeanne et Serge), Robin Hood, Piccolo Lord, trois des cinq génériques de Sailor Moon, et beaucoup, beaucoup d’autres. Nombre de ses mélodies sont connues en France, mais il y a quelques faux amis !

Le compositeur Vincenzo "Enzo" Draghi est surtout connu en tant que chanteur. Il collabora avec D’Avena sur les chansons de Love me Licia (c’est la voix des Bee Hive !), il interpréta L’incorreggibile Lupin, I cinque Samurai (les Samouraïs de l’Eternel) et beaucoup d’autres génériques.

Trois compositeurs sont actuellement en poste : Gianfranco Fasano depuis 1995, Massimo Longhi depuis 1996 et Giorgio Vanni depuis 1998. Mais il semblerait que les deux derniers tendent à remplacer le premier en se réservant des dessins animés appelés à avoir du succès, notamment beaucoup d’animés. Avec l’aide de Longhi, Vanni a renouvelé les génériques de Mediaset en y introduisant les rythmes et les instruments de la dance-music et du pop-rock moderne. Et comme Draghi, il chante : ses interprétations des divers génériques de Pokémon (parfois en duo avec D’Avena) et de la saga Dragon Ball sont fameuses, mais il a aussi à son tableau de chasse Detective Conan, Gundam Wing, Naruto, un des génériques d’I Cavalieri dello Zodiaco...

Mentionnons enfin Marco Destro, un jeune chanteur surtout connu pour son interprétation d’un des génériques de Power Rangers et pour un duo avec D’Avena : Che Campioni Holly e Benji (3ème série de Captain Tsubasa).

Les fans de vieux génériques n’aiment pas que les auteurs et compositeurs du géant Mediaset en créent de nouveaux pour les rediffusions. Ils ont tendance à s’en prendre à l’icône D’Avena (interprète des nouvelles versions de Candy, Doraemon, Lady Oscar, Gigì, Belle e Sebastien, Remì...) plutôt qu’à une obscure trame commerciale aux multiples acteurs, regrettable mais peut-être inévitable.


Enzo Draghi devant son piano

Les Bee Hive italiens interprétant Love you are my love :
http://www.youtube.com/watch?v=7Jip3QhICgY

Mila e Shiro, une mélodie de Carucci aussi célèbre en France qu’en Italie :
http://www.youtube.com/watch?v=TBX3y5Dm56g

Yui, ragazza virtuale, composé par Vanni pour D’Avena :
http://www.youtube.com/watch?v=DQIoT132XUg

Le générique de Naruto interprété par Giorgio Vanni :
http://www.youtube.com/watch?v=z-QiXaVxxLs


Le fabuleux destin d’i Cavalieri del Re


Riccardo Zara, le leader (auteur, compositeur et co-interprète) de la plus importante formation italienne interprétant des génériques ("seulement" une trentaine en tout, soit le nombre de chansons interprétées par D’Avena en une année), est né en 1946. A 12 ans, il apprend à jouer de la guitare, puis, passionné, il passe à toutes sortes d’instruments, dont le clavier et la batterie. En 1972, il décide de vivre de ses compositions en les vendant à des chanteurs. En 1975, son fils Jonathan voit le jour. Suite à son travail sur un disque pour enfants, Zara s’oriente vers la composition de génériques de séries télé, non sans rencontrer d’obstacles. Quelques années plus tard commence le destin d’i Cavalieri del Re.

Ce groupe "familial" est composé de Riccardo Zara, de sa compagne Clara Serina, de leur fils Jonathan et de Guiomar Serina, la sœur de Clara. Ce quatuor de chanteurs est parfois accompagné par le batteur Walter Scebran. Les compositions de Zara sont variées et en général recherchées, même s’il est aussi tenté par la facilité. Le style se réfère aux Beatles mais les ressemblances avec des formations plus disco comme Abba et les emprunts aux ritournelles et morceaux classiques italiens populaires sont flagrants.

Autour de l’année 1980, R.C.A. avait coutume d’envoyer à plusieurs compositeurs des synopsis plutôt imprécis de nouvelles séries. Les débuts des Cavalieri sont difficiles car les compositions "sur synopsis" de Zara sont très souvent refusées (X-Bomber, Vicky il Vichingo, Tom Sawyer...), mais en 1981 sort enfin La spada di King Arthur (sur la mélodie de Vicky, car Zara va souvent insister et réutiliser des compositions restées inédites). C’est en fait à cette occasion que le groupe prend le nom assez logique d’I Cavalieri del Re (les chevaliers du roi), nom qui lui est refusé pour la première édition des génériques de Kimba il leone bianco (Le roi Léo) et L’Uomo Tigre (Tiger Mask). En 1982, Lady Oscar fait un tabac (500 000 disques vendus), et tout d’un coup R.C.A. trouve les compositions de Zara formidables. Les contrats affluent, et notamment, à l’occasion de la sortie d’un livre-disque de Lady Oscar, une commande de quatre nouvelles chansons inspirées de la série, sur lesquelles les Cavalieri del Re vont tout donner.

Le groupe poursuit sa route avec entre autres : Flo la piccola Robinson, Yattaman, Fiorellino (Pollen), Devilman, Ransie la Strega, Gigi la trottola... Il effectue par la suite des travaux extérieurs au monde des génériques. En 1994 commence une période de faible activité. En 2000, les Cavalieri interprètent Caro Fratello (Très Cher Frère), mais la composition du générique de Digimon est refusée car la RAI préfère lancer sur ce sujet son groupe "djeunz" Manga Boys, afin de concurrencer les stars de Mediaset, Vanni et D’Avena. Le groupe de Riccardo Zara donne aujourd’hui de petits concerts et cherche encore à composer pour la télévision.


Jonathan, Clara, Guiomar et Riccardo

Clip des Cavalieri sur le générique de Lady Oscar :
http://www.youtube.com/watch?v=J5rNZQSFlz0

Montage vidéo sur le medley C’erano une volta i Cavalieri del Re :
http://www.youtube.com/watch?v=qSGeDPMY-n0

Un des génériques de Devilman :
http://www.youtube.com/watch?v=nDgjXKoJx4Y

Les Cavalieri et L’Uomo Tigre au Lucca Comics and Games 2006 :
http://www.youtube.com/watch?v=y8yF8hjPLHY



Partie 1 -
Le 23-11-2006 à 17:11:36 par : Ryoga

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