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Autour d'un café : Hervé Trouillet - animateur français - partie 3
Blablabla blablabla bla.
Et bonne année 2005 =)

Hervé Trouillet (RV), jeune animateur français, nous livre dans une discussion animée avec moi son point de vue et ses idées sur l’animation. Au cours des différentes parties de cette entrevue, de nombreux sujets seront abordés. Avant toute chose, je vous invite à visiter http://www.rvanim.com pour visionner quelques morceaux de son travail.

N.B. : Cher lecteur, les propos tenus ici l’ont été dans le cadre d’une discussion. Il ne s’agit ni de vérité universelle, ni de vérité proclamée, il s’agit juste de points de vue qui n’engagent que leurs auteurs respectifs.



Partie 3 : La technique
Où l’on parle technique. Comment qu'on fait les trucs ?


ADAm : tu travailles avec quoi comme matériel ?
RV : À l'époque où j'ai fait Citeria - depuis, je me suis racheté une machine un peu plus puissante notamment pour le teaser d’Annecy - mais à l'époque, j'avais un PC 1,6 Ghz, 256 de RAM, DD 40 Go et en soft : Flash, After effect, Première, le béaba. Un scanner évidemment, des crayons, puis de l’obstination ! Beaucoup !
J'ai aussi une table à dessins que j'ai récupéré de mon ancien boulot quand la société pour laquelle je travaillais s’est recentrée sur ses activités de base. En d’autres termes, elle nous a viré. Mais, une table à dessin, c'est très facile à se fabriquer. Il y a beaucoup de monde qui me demande où je me la suis procurée, mais franchement, je n’aurais jamais déboursé entre 460 et 760 Euros (c’est le prix) pour m’en procurer une. À ce prix, je m’en fabrique une en noyer...

ADAm : Et après tu scannes ?
RV : Tout à fait. Dessin par dessin. Avec un peu d’organisation ça va relativement vite. Puis, je les vectorise.

ADAm : T'utilises quoi comme logiciel de vectorisation ?
RV : Streamline, jusqu'à ce que je trouve mieux. On peut le faire aussi directement dans Flash. L’avantage c’est que l’on peut faire des traits plus déstructurés, il les respecte plus. L’inconvénient c’est que le fichier pèsera beaucoup plus lourd et en terme de rapidité, ça pénalise. Personnellement ce n’est pas le trait qui m’intéresse mais plutôt le mouvement et l’ambiance aussi. Avec les couleurs on peut rattraper des choses inimaginables.

ADAm : Je ne sais pas si tu as entendu parler de ce qu'on appelle "techniques d'animation limitées" qu'ils utilisent au Japon pour gagner du temps dans les productions de série ?
RV : Ah non... Dis m'en plus ?

ADAm : Je t'explique grosso modo. La technique consiste à gagner le plus de secondes d'animation possible. Au niveau des séries, ils travaillent à 2 équipes et doivent produire 1 épisode de 25 minutes par semaine... Ça leur permet de gagner du temps et de tenir le budget. Tout a été inventé par Tezuka à ce niveau-là.
Par exemple, dans un dialogue, on favorisera un plan immobile sur un verre ou sur une cigarette pour ne pas avoir à animer les lèvres. La bouche pourra aussi être cachée par les mains. On fera un plan de dos, des plans immobiles... Sur un déplacement, un plan des pieds fera gagner en animation. Pour le mouvement des cheveux, ils feront des boucles très courtes qui se répètent. Il y a aussi beaucoup de réutilisation de plans, de découpages dans cet esprit, etc...
Au final, les animateurs ont tellement bien intégré ce processus de production que c'est devenu le "cachet", le "style", qui marque la série d'animation japonaise de celles des autres pays.[/b]
RV : Les japonais ont beaucoup d’expérience dans l’industrialisation de l’animation. Ça me parait nécessaire, voire obligatoire aujourd’hui de penser sa production comme ça, surtout pour de la série !

ADAm : On peut donc en déduire qu'il y a une proximité entre ta façon de travailler et cet aspect technique ?
RV : Oui, c’est le travail en amont qui détermine le bon fonctionnement de la production. C'est vraiment du découpage à l'état pur. Prenons un exemple pour Le trailer d'Annecy : dans l'action, il n’y a que des plans serrés. Ceux sont des plans que j'utilise non seulement pour économiser l’animation et qui, de surcroît, sont beaucoup plus efficaces en terme de dynamisme. Ça fait d’une pierre deux coups.
L'exemple typique : quand on veut commencer à faire de l'animation, c’est de se dire je vais commencer par un plan "simple". Disons un plan large avec un personnage et je vais le faire marcher : trois pas d'un côté, cinq de l'autre... Enfin une action quoi. Ça parait aberrant, pourtant, il est beaucoup plus difficile de faire ce genre de plan que de découper cette scène en 3 ou 4 plans et en utilisant les perspectives.
Car, pour le premier exemple il faut être parfaitement calé au modèle, faire beaucoup plus de dessins pour comprendre l’action. Avec l’autre exemple on peut faire : un premier plan général pour situer le décor et le ou les personnages, puis, le faire marcher en ne voyant que les pieds par exemple, puis, la tête juste pour comprendre l'émotion... Ça permet non seulement de donner du rythme, mais en plus, de réduire le nombre de dessins, d'être plus efficace. On pourrait penser qu'en utilisant cette technique, on va réduire ce que l'on veut montrer, se brider, mais ce n'est pas le cas. Au contraire, ça renforce l'histoire et son impact visuel. Évidemment il faut que ce soit bien mis en scène ! Je m’inspire énormément de ce que font les japonais à ce niveau-là ! Puis cette forme de découpage me rappelle étrangement les prémisses du cinéma, à savoir la bande dessinée qui avec quelques plans bien pensés doit mettre en scène l’histoire.
Quand il y a de la baston dans le Cycle des 9 Lunes, j’imagine cette même baston avec des plans plus larges... Mais je suis sûr que je perdrais l’impact que je voulais donner dans ce teaser !!

ADAm : Au final il faudrait que ça devienne une habitude dans la façon de travailler.
RV : L’étape primordiale, c’est le storyboard, parce que c'est là qu'on gagne de l’animation, qu'on grappille. Si il n'y a pas à la base cette volonté qui peut coûter chère à la pré-production, c’est vrai que l’on perd beaucoup plus par la suite. Et ce que l’on peut prendre comme un surcoût devient une réelle baisse dans la production. Tout le monde sait que c’est la production qui coûte le plus cher. Alors, il est préférable de bien penser sa réalisation en incluant tout ces paramètres, quitte à perdre un peu de temps et d’argent, pour au final faire de vraies économies.

ADAm : Bonne préparation = bon travail ?
RV : Exactement.

ADAm : On va revenir un peu sur Annecy. C'est quand même un gros travail, cela t'a prit combien de temps pour le réaliser ?
RV : J'ai travaillé pratiquement tout seul dessus, il y avait bien un copain qui m'a aidé - Nicolas Mazière – mais j’ai pris en charge la plus grosse partie. Il faut savoir que le festival m'a commandé 2 films : un teaser à livrer assez rapidement puis la bande annonce. Bien sûr, j’ai fait en sorte que le teaser me serve dans l'animation de la bande annonce. J'avais 3 mois pour tout faire.
De A à Z... Jusqu'aux bruitages.




ADAm : Un projet comme ça, ça doit être une certaine pression. Comment tu gères ça ?
RV : J'avoue que c'était la première fois que j’étais seul devant autant de travail. C'est vrai que j'ai eu énormément de doutes. Je doute souvent. Même si j'ai l'air convaincu de ce que je dis, je suis quelqu’un qui doute énormément. Mais, le doute, ça ne fait pas avancer les choses, bien au contraire. Alors à un certain moment il faut se jeter et c’est ce que j’ai fait : la tête dans le guidon sans réfléchir au délai. Je me suis dit : peu importe, tu le feras. Si il faut y passer des nuits, tu le feras... Et au bout de quelques semaines, je me suis aperçu que j’étais largement dans les délais. J’ai même pu accepter d’autres travaux !

ADAm : En trois mois, de A à Z, tu as tout fait. Donc, ça prouve que tes méthodes fonctionnent.
RV : En effet, de toute façon je ne vois pas trop l’intérêt d’avancer des chiffres que je ne serais pas en mesure de tenir ! J'ai prouvé que j’étais réaliste dans mes chiffres et dans mes délais.
Pour te donner un ordre d'idée, je fais environ 1 minute d'animation par mois - dessins, couleurs, mixage...

ADAm : Comment en est-on venu à te demander de réaliser le trailer d'Annecy ?
RV : Au départ, le festival l’a confié à Bestiol (une boite d'animation en train d'émerger).
Bestiol m'avait déjà rencontré et ils appréciaient mon travail alors quand ils l’ont eu, ils m’ont demandé si je pouvais le faire. J'ai accepté sans hésitation parce que c'était le moyen pour moi de montrer ce que je faisais, comment je le faisais, et surtout de prouver que c’était faisable ! Comme on dit les paroles s’en vont, les dessins restent.

ADAm : Par rapport à tes projets futurs, est-ce qu'il y a des choses que tu peux dire ?
RV : Je travaille énormément sur Citeria, je suis en train de pousser pour que l'on puisse le lancer. J'ai évidement des contacts à ce niveau. D'ailleurs, je suis en train de bosser dessus : je finis tous les characters design... Et le scénario. Je peux dire que c’est bien parti, que ça suscite de l’intérêt et qu’il reste à concrétiser. Je préfère rester prudent...




ADAm : Tu fais un truc "béton", pour avoir le financement. Dans l'immédiat c'est : objectif réussir à faire Citeria ?
RV : Oui. Je veux faire un long métrage de Citeria. Pas parce que je me suis levé un matin en me disant qu’il fallait que je sois un grand réalisateur de cinéma, mais simplement parce que c'est la seule façon d’avoir une chance d'être diffusé.

ADAm : Citeria serait donc un long métrage destiné au cinéma ?
RV : Ou type OAV... En faisant la BA d’Annecy je voulais aussi voir les aspects techniques. Si je pouvais appliquer le process au grand écran, car la BA est shootée sur pellicule 35mm destinée aux salles obscures.
Une fois que j’ai eu la réponse il n’y avait plus de doutes, d’autant plus que je venais de comprendre que je pouvais d’ores et déjà oublier la diffusion TV, en tout cas en France.
En effet, le problème est que les chaînes ont des budgets alloués à l’animation uniquement dans les "Cases jeunesses". Elles considèrent encore que l’animation est faite exclusivement pour les enfants. Il faut savoir qu’en général les cases jeunesses ont les budgets les plus conséquents. L’animation étant chère, ne pas rentrer dans ces cases jeunesses c’est n’avoir aucune chance d’avoir le moindre budget pour votre projet.
Donc, quand un mur se dresse devant vous il faut le contourner, passer par la porte de derrière, et essayer de leur montrer que les adultes d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier et qu’ils aiment tout simplement l’animation. Ils considèrent que c’est une forme d’expression comme une autre.

ADAm : Si au cinéma il y a des gens qui viennent voir et que la critique est bonne, derrière ils vont voir qu'ils se sont trompés.
RV : Peut-être... Enfin, c’est ce que je crois. Essayer de faire prendre conscience que les gens sont capables d’aimer ce qu’ils ne diffusent pas.

ADAm : Petit à petit, pas à pas...
RV : Voilà ! Si je devais faire Citeria, je m’arrangerais de toutes façons pour le faire. Je m’engage à le faire comme un passionné en oubliant les standards du marketing qui vont de toute façon me dire qu’il faut que j’élargisse ma cible, que ce soit accessible à tous. Mais je ne cherche pas à faire du standard, je cherche à faire un film qui raconte une histoire que des gens vont aimer ou non. Chercher à faire du bon 7 à 77 ans c’est de la folie. Seul Pixar avec leur armée de scénaristes en est capable, et je préfère faire du bon 20/35 ans que du mauvais 7/77 ans.
Il faut se battre avec nos armes, c’est paradoxal, mais en pensant élargir sa cible et donc en théorie amoindrir les risques, on perd toutes ses cibles. L’adolescent n’ira jamais voir un film ciblé pour la famille, lui, il préfère mater le seigneur des anneaux ou flirter avec les interdits. Les parents, eux, en majorité, si ce n’est pas Disney ou Pixar ils prennent rarement le risque d’aller voir. Quant aux adultes avec leur exigences cinématographiques il n’y a pas de place pour le "cul-cul la praline". C’est pour cela que j’admire les Studios Pixar : arriver à entraîner tout ce beau monde c’est très respectable, mais, ils ont les moyens de leur ambitions ! Courir derrière cela ce n'est pas impossible mais très difficile.
Je me trompe peut-être mais il vaut mieux se mettre en marge et se frayer un autre chemin, alors que souvent ceux sont toujours les plus gros qui prennent ces risques alors on tourne en rond.

ADAm : Ils attendent qu'on leur prouve que ça marche. C'est un peu le cercle vicieux...
RV : Oui, espérons que des initiatives émergeront. Même si ce n’est pas mon projet, j’espère de tout cœur que nos générations pousseront dans ce sens.

ADAm : Moi je serai le premier à être content si on arrivait à prouver que l'on sait faire quelque chose, que l'on a pas deux mains gauches... Même si avec l'émergence de nouveaux médias, on a toujours été un peu à la traîne. Mais on a la chance d'avoir des gens doués, des virtuoses, qui prouvent que c'est possible.
RV : On a un gros problème de mentalité en France, il y a une espèce de pessimisme à toute épreuve. Je suis quelqu'un de très optimiste, je ferais tout pour y arriver. Quand je vois autour de moi les gens dire : "c'est comme ça, ça changera pas" "ça sert à rien"... C'est aussi ce discours-là qu'il faut combattre. Agissez comme s'il était impossible d'échouer. C’est pas moi qui le dit, c’est un certain Churchill.

ADAm : C'est une démarche que je trouve intéressante et qui mérite d'être encouragée. Que les gens soient au courant...
RV : Il faut que là-dessus on se serre tous les coudes pour mettre le cinéma que l'on a envie de voir, et pas laisser décider quelques personnes.
Mon travail part d'un constat, du constat qu’il n’y a pas ce que je voudrais voir personnellement au cinéma. Donc, pourquoi ne pas essayer de le faire ?

ADAm : On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.
RV : Oui, sauf que ce que j’aime c’est le travail d’équipe, alors je dirai plutôt on n’est jamais aussi bien servi que par nous-même. On peut faire un inventaire des longs métrages d'animation français sortis courant 2004, globalement, c'est destiné aux enfants. C'est bien, mais, y a d'autres publics, pourquoi ne pas simplement essayer une fois ?!

ADAm : Pourquoi que les enfants ?
RV : Ben, moi, on me répond que c’est parce que personne n’en veut ! On voit de plus en plus de mangas et de japanimation dans les grandes enseignes. Parce que les gens qui ont été imprégnés de l’animation (la génération Albator), aiment les dessins animés, est-ce si dur à comprendre ?!.

ADAm : Pour conclure, quels conseils donnerais-tu à ceux qui aujourd'hui veulent faire de l'animation ?
RV : Je ne sais pas si je suis en mesure de conseiller qui que ce soit, cela dit si j’avais une seule chose à partager ça serait : la volonté ! Je me rappelle des soirées que j'ai passées sur ma table à dessin en train de m'énerver parce que je n’arrivais pas à faire un mouvement. Il ne faut pas lâcher. Pour devenir animateur, tu n'es pas obligé de passer par les Gobelins (même si c’est mieux), tu n'es pas obligé d'utiliser des techniques qui sortent de tel ou tel livre. Il ne faut pas oublier que le cinéma à la base c'est du bricolage.
Si les gens veulent faire de l'animation, qu'ils en fassent. Personne à part vous-même ne peut vous dire si vous en êtes capable. Ça ne me dérange pas de communiquer sur mon savoir-faire. Les gens recherchent des solutions miracles à leur envie et même si je leur explique toutes les étapes par lesquelles je passe, ils ne feront pas pour autant ce que je fais. Je travaille comme ça, j’ai apporté mes solutions à mes problèmes. Sur Internet, y a plein de tutoriaux pour apprendre à faire de la 3D de la 2D... Les gens vont lire ça et juste appliquer. L'important pour apprendre c'est de comprendre ce que l'on fait, pas juste d'appliquer bêtement. Se mettre devant le logiciel et tout tester soi-même, c'est de l’apprentissage. C’est dur, c’est chiant, mais il n’y a pas de secrets. Ou alors, c’est ça le secret.

ADAm : Voilà le mot de la fin.


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Partie 3
Le 16-01-2005 à 16:50:21 par : ADAm et RV

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