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Les Mystérieuses Cités d’Or (Taiyô no ko Esteban) - Partie 1
Introduction
Les origines françaises
Les origines japonaises
Les héros enfants
Le réalisme fantastique
Le symbolisme général
Les premières immersions dans l’inconscient
La découverte de la Cité d’or
Les "grands adultes" et le dénouement philosophique
Une postérité ?
Plus loin encore
Conclusion
Bibliographie et liens

Introduction



En nous penchant sur une coproduction franco-nippo-luxembourgeoise de 1982 qu’une génération de Français adore mais que les japonais n’ont jamais plébiscitée, il faut nous attendre à des difficultés. La thèse de ce dossier est la suivante : les Cités d’Or sont un témoignage important, bien que critiqué, d’un courant philosophique, ou plutôt d’une "école" contemporaine, sans nom précis, préoccupée par une éthique de la responsabilité face au progrès technologique, et dont les représentants japonais s’expriment presque exclusivement par le "récit imagé" (les œuvres cinématographiques, principalement le film d’animation, mais aussi quelquefois le manga et le jeu vidéo). Dans ce domaine, on le sait, la production japonaise est énorme mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui importe peu si l’on considère que les goûts subjectifs passent en premier et qu’il suffit d’être séduit et diverti. Néanmoins, des réalisateurs tels Hayao Miyazaki, Mamoru Oshii, Hideaki Anno et d’autres, de plus en plus reconnus par les artistes et les intellectuels, se détachent et proposent des animes (films ou séries) qui allient magnifiquement textes, dessins, mise en scène, doublages et musique dans ce qu’on peut ainsi considérer comme des œuvres majeures capables de défier le temps. Elles sont émouvantes, spirituelles, et des études approfondies montrent que le message qu’elles transmettent est sincère. Bien sûr il y a des divergences, des sensibilités différentes, mais au carrefour des civilisations, le Japon est devenu un creuset où émergent des pensées harmonisées. Ce que recherchent d’ailleurs la plupart des maîtres du dessin animé est la véritable universalité, l’union des opposés les plus absolus : l’Occident et l’Orient, la science des héritiers des Grecs anciens et la non-science des grandes traditions spirituelles asiatiques.

Pour tenter d’écrire sur Taiyô no ko Esteban (Esteban, fils du Soleil) un dossier qui fera autorité, il faudra éviter les trivialités, donc supposer que le scénario est connu dans ses grandes lignes, et surtout utiliser ce gain de temps pour longuement argumenter. Cela aurait pu être bien plus long, espérons que ça l’est assez pour convaincre les personnes ayant une fâcheuse tendance à considérer que les hommes intelligents appartiennent à un autre monde : celui des encyclopédies ! Il nous faudra apporter les preuves que l’on peut aussi savourer le beau et le vrai dans des endroits insoupçonnés que les préjugés défigurent, par exemple dans un dessin animé qui, ici en l’occurrence, cible les ados et pré-ados.


Les origines françaises


Si nous avons bien affaire à une œuvre d’art, c’est malheureusement à une œuvre détériorée qui faillit perdre la précieuse aura que lui conférait son unicité. Elle fut beaucoup trop envisagée dans une perspective commerciale. Un seul exemple : la bande originale n’est pas la même au Japon et dans le reste du monde. À vouloir vendre un produit en l’adaptant à une culture, on assassine en fait sa prétention à l’universalité. Mais comme c’est une œuvre qui coûte cher, il faut bien essayer de la rentabiliser. Passons.

Les auteurs (entendons scénaristes) des Mystérieuses Cités d’Or sont officiellement deux Français, Bernard Deyriès et Jean Chalopin, dont la maison de production D.I.C. (rachetée par les Américains) est célèbre. Mis à part les deux intéressés, tout le monde est d’accord sur cette paternité : le vieux générique de fin français de la série, les magazines spécialisés, les sites de fans... Tout le monde, sauf le bon sens ! Dans plusieurs interviews, Mr Deyriès nous a pourtant appris qu’il n’avait pas eu l’idée des Cités : il a adopté un projet que la NHK lui avait proposé (projet ambitieux qui nécessitait donc un gros investissement) et s’est surtout occupé, avec Jean Chalopin, des storyboards et de l’adaptation française. Et puis on ne pourrait appeler "auteur" quelqu’un qui, d’une part, oublie que la série animée, présentée comme une "adaptation" puisque s’inspirant en partie des romans pour la jeunesse de l’Américain Scott O’Dell, conserve si peu d’éléments du seul roman The King’s Fifth qu’elle ne peut pas lui être facilement comparée (boulette de Deyriès, heureusement corrigée par Chalopin dans une interview de 2003), et qui, d’autre part, a travaillé à la modification des méchas, Solaris et Condor, pour les rendre plus futuristes, trahissant apparemment un aspect fondamental du scénario, selon lequel les héros traversent ce qui reste de plusieurs siècles d’histoire d’une grande civilisation dont la technologie n’a pas toujours été solaire.



Même si, pour quelques fans, c’est difficile à accepter, nous sommes en présence d’une œuvre de faible qualité, en partie à cause de sa réalisation qui, croyant apporter un plus au scénario original, le rend plus flou, parfois contradictoire, et altère l’appréciation de son génie (et nous montrerons que le mot "génie" n’est pas exagéré). Relativisons cependant : Deyriès et Chalopin n’ont pas conscience de cela et ont fourni un gros travail, avec courage et détermination. Nous ne pouvons qu’accepter leur témoignage : l’entente avec les japonais fut plutôt bonne, les efforts communs produisirent des résultats très satisfaisants. Et grâce à ces deux Français, notre attention s’est portée sur une œuvre devenue culte, qui nous fait rêver et nous renseigne sur les civilisations précolombiennes.

Notons à ce sujet quelques simplifications ou audaces dont nous pourrions peut-être trouver la raison, mais qui en tout cas côtoient l’incohérence : la confusion des civilisations aztèque et maya, l’appellation "Olmèques" de la tribu ennemie des "Mayas", l’assimilation de Viracocha à Quetzalcoatl. Sur ce dernier point, il faut considérer que Viracocha est une ambiguïté du panthéon inca, lequel est évolutif et mêle plusieurs mythes et cosmologies. Selon une tradition, Viracocha est le dieu de la pluie mais surtout le dieu suprême, qui a créé le soleil et la lune, puis le monde, à partir de son élément : l’eau. Selon une autre tradition, il est un des quatre fils d’Inti, le dieu Soleil, et de Pachamama, déesse de la terre et de la fertilité, et il a enseigné aux hommes les arts et la politique. La série utilise les deux traditions mais seule la seconde est explicite.


Les origines japonaises


Qui peut-on alors considérer comme autres auteurs, ou plutôt comme les auteurs ? Les créateurs du projet Taiyô no ko, à n’en pas douter. Problème : un quasi-anonymat ! C’est ce manque de noms qui fait dire que les auteurs sont les Français. Les bonnes questions ne sont pas pour l’instant posées aux intéressés ; néanmoins, si l’on enquête sur le staff nippon, des pistes sérieuses apparaissent. Le site du Studio Pierrot mentionne comme scénaristes : Mitsuru Majima, Sôji Yoshikawa (réalisateur du premier film de Lupin III) et, on le savait déjà, le producteur Mitsuru Kaneko, qui aujourd’hui enseigne à l’université de Tokyo. Tadayoshi Watanabe est producteur de l’animation. Ces quatre hommes ont tous travaillé, à différents degrés d’implication, sur la série Meiken Jolie (Belle et Sébastien). Le nom d’Akira Hayasaka figure dans le staff : Hayasaka, ordinairement scénariste de films et téléfilms live (Seishun no mon, Kûkai, Tengoku no eki…), serait à l’origine de Taiyô no ko, mais son rôle exact est inconnu. Aux côtés des réalisateurs Kenichi Murakami et Kenichi Maruyama (lequel sera même un des producteurs de la série Fushigi no umi no Nadia), on découvre une autre personne, Katsuhiko Fujita, qui réalisa en partie les aventures de Marco Polo en anime.

Le voile qui recouvre encore les origines de l’œuvre ne nous empêchera pas de rendre hommage à sa beauté et à sa philosophie grâce à une étude qui établira des conjectures plutôt sûres, étant donnée la richesse du contexte philosophique et esthétique au Japon. Justement, relions les aventures d’Esteban à d’anciens travaux d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki, lequel réalisera plus tard d’autres grandes œuvres de notre contexte esthético-philosophique. Passons rapidement sur Horus, prince du Soleil, qui présentait déjà un "héros solaire", garçon pur et courageux qui perce d’inquiétants mystères, sauve son peuple et se lie avec son "opposé féminin". Ce thème a son origine dans les mythes les plus anciens et les plus universels, et comme Horus est un vieux film, l’influence qu’il a pu exercer sur l’élaboration des personnages d’Esteban et Zia est difficilement montrable. Par contre, attardons-nous sur une série de la fin des années 70, Mirai shônen Conan (Conan, le fils du futur), dont Miyazaki fut le principal artisan, et sur laquelle travailla Sôji Yoshikawa, cité plus haut, ainsi que Toshiyasu Okada, character designer des Cités.



Les similitudes entre les deux séries sont nombreuses : un voyage initiatique périlleux, un trio de héros enfants, le rapport au père, l’énergie solaire, etc. Un "esprit Conan" semble avoir soufflé sur Taiyô no ko. Mais il y a plus fort : si nous portons un regard global sur l’animé de Miyazaki, nous nous apercevons que celui-ci essaie, pour la première fois peut-être, de mettre en scène un savant "dialogue" entre la technologie et la nature, en faisant voyager les héros de l’une à l’autre des deux sociétés opposées, Industria et Edenia, qui s’entendent comme Caïn et Abel. Dans les Cités d’Or, l’antagonisme technologie/nature est présent, mêlé, nous le verrons, à d’autres couples de contraires ; mais surtout, la grande idée d’une mise en scène dialectique et systématique du voyage est conservée, nous verrons là aussi avec quel brio. Remarquons déjà qu’à une telle mise en scène doit correspondre un scénario de grande ampleur, qui doit accompagner la réflexion du spectateur sur une période longue, ce qui est permis avec une série, non avec un film isolé.

Notons enfin qu’au moment de l’élaboration des Cités, le Studio Pierrot travaillait, avec un peu d’avance, sur un autre voyage initiatique, celui de Nils Holgersson. L’Occident a décidément toujours fasciné les japonais.

Dorénavant nous dirons « l’auteur » pour souligner, d’une part, l’unité d’esprit qui au final parvient à se dégager des aventures d’Esteban (même avec les apports de Deyriès et Chalopin et même s’il faudra gratter une couche superficielle de naïvetés pour accéder au meilleur), et d’autre part, bien sûr, les paramètres inconnus de la paternité.



Partie 1 - - -
Le 05-07-2006 à 20:08:57 par : Ryoga

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