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| Les Malheurs de Sophie (1998) | |
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| Synopsis | Sophie est une petite fille issue de la noblesse française. Fille gâtée, elle vit sereinement avec son père, sa mère, son cousin et ses voisines, où elle enchaîne les bêtises au grand dam de tout le monde. Mais un jour, lors d'un voyage, Sophie va tout perdre…
-Sha-ka- |
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| Critiques | Ce dessin animé est une adaptation libre et condensée de la série de romans pour enfants, à caractère autobiographique, écrits par la Comtesse de Ségur. Cette saga littéraire forme une trilogie comprenant Les Malheurs de Sophie, Les Petites Filles modèles et Les Vacances. Tous ces livres ont été publiés entre 1858 et 1859 chez Hachette puis dans la Bibliothèque Rose.
À l'instar de l'œuvre littéraire, la série animée invite le spectateur à faire un petit voyage dans le Second Empire au travers de ses mœurs et de l'éducation morale donnée aux enfants dès le plus jeune âge. Ainsi Sophie, au début de la série, est âgée de quatre ans. Puis on suit son parcours et ses aventures de son enfance à l'âge adulte. Les premiers épisodes paraissent somme toute très classiques et légers. Sophie, fille de M. et Mme de Réan appartenant tous deux à la haute société, est décrite comme une petite fille curieuse et aventureuse. Curiosité qui la pousse à commettre bêtise sur bêtise (thé au trèfle et à l'eau de chien, coiffure de poupée brûlée…) avec la complicité critique de son cousin Paul (ce dernier essayant malgré tout de lui donner un peu de bon sens). Elle incite également ses amies, Camille et Madeleine de Fleurville, les « petites filles modèles », à faire les quatre cents coups. Plus proche de la peste, cette enfant pourrie gâtée n'hésite pas à mentir à sa mère, la sévère mais juste Mme de Réan. Chacune des bêtises de Sophie est l'occasion de lui prodiguer une leçon. Par exemple : sanctionner Sophie pour l'obliger à se racheter et dédommager les victimes de ses bêtises. Parmi les sanctions, Il s'agit de privations diverses, la plus marquante étant le renvoi de sa bonne, Lucie, également confidente de Sophie, pour faute et laxisme puis son remplacement par une autre plus stricte. Bref l'intérêt de ces épisodes est de présenter les principaux personnages et de montrer aux jeunes que tout acte même le plus innocent de prime abord peut avoir de lourdes conséquences.
L'histoire prend un véritable tournant et s'assombrit brutalement après l'épisode La Tempête, où Sophie perd successivement sa mère puis son père dans des circonstances dramatiques. Ainsi, du long fleuve a priori tranquille, Sophie connaît ses premiers douloureux émois dus à plusieurs coups du sort. La mort et la perte de proches resteront d'ailleurs un thème très prégnant, traité avec intelligence et respect, jusqu'à la fin de la série. Après ces trépas prématurés, Sophie voit son tourment se prolonger avec l'arrivée de sa belle-mère, la redoutable et cruelle Mme Fichini. Cette femme est dépeinte comme une véritable caricature de la grosse bourgeoise gourmande, sévère, et très hautaine. Une vraie marâtre. Bien moins patiente que feue Mme de Réan, elle n'hésite pas à employer des châtiments corporels (le fouet en l'occurrence) pour « dresser » Sophie à n'importe quelle occasion. Je pense par exemple, en cherchant dans mes souvenirs, à l'épisode du Sirop volé, où Sophie se fait injustement et cruellement punir alors qu'elle était en réalité innocente, sa belle-mère ne cherchant même pas à croire le contraire.
La série traite avec finesse et d'une manière inédite d'un sujet fort délicat et rarement montré à la télévision, surtout pour un dessin animé destiné à la jeunesse (certains se souviendront peut être de la triste histoire de Princesse Sarah), soit : la maltraitance faite aux enfants. Ainsi, outre les douleurs physiques, la souffrance est également morale. Le portrait fait de Sophie est d'ailleurs très éloquent. De petite fille certes capricieuse mais pétillante et pleine de vie, elle devient une jeune fille repliée sur elle-même, s'enfermant derrière un quasi-mutisme et tressaillant au moindre faux pas. Ce traumatisme psychologique se poursuit après que Mme Fichini l'abandonne, la laissant (plus ou moins volontairement) pour une courte durée sous la garde de la douce et tendre Mme Fleurville, mère des « petites filles modèles ».
Le scénario traite avec intelligence de la difficile guérison des enfants battus. Un autre épisode, qui m'avait d'ailleurs particulièrement marqué gamin, fut l'épisode du Cabinet de pénitence. Épisode onirique, métaphorique voire philosophique. Sophie, devenue pratiquement aussi cruelle et égoïste que sa belle-mère à cause de l'éducation reçue, est envoyée dans ce cabinet pour réfléchir sur ses fautes. Réticente d'abord, elle se met ensuite à rêver. Dans son imaginaire, le Mal est représenté tel un paysage a priori enchanteur mais en réalité trompeur et pernicieux, le Bien par un chemin caillouteux et, au milieu, le fantôme de sa mère servant d'ange gardien et de guide. Cet épisode reflète ainsi le fil conducteur et le maître-mot de la série : l'espoir. Espoir que chaque enfant est capable de corriger ses erreurs en grandissant, de traverser les épreuves de la vie avec courage, espoir de retrouver au détour d'un chemin un ami ou un être cher pensé perdu à jamais lors d'une catastrophe naturelle. Espoir d'ailleurs partagé avec d'autres personnages comme madame de Rosebourg ou la pauvre Mme Leconte ayant perdu, dans la même tempête que Sophie, un proche.
Si Sophie est certes le personnage principal, la série n'oublie pas les autres personnages. Chacun a son propre caractère auquel chaque enfant peut s'identifier, que ce soit les cousins de Camille et Madeleine, Jean (le gentil et téméraire) et Léon de Rugès (plus lâche et orgueilleux que son frère), la petite et intransigeante Marguerite de Rosebourg ou les petites filles modèles. Ces dernières sont très gentilles et attentionnées mais l'une est vive (Camille) et l'autre plus réservée (Madeleine). La plupart des personnages évoluent au fil de la série. Cela donne lieu pour certains à de belles surprises voire, en fonction de l'avancement de l'histoire, à de jolis coups de théâtre.
D'ailleurs, en dépit de son apparente noirceur et d'une mélancolie certaine (sublimée par une belle musique et une belle orchestration), ce dessin animé comporte un certain lot de scènes légères et humoristiques pour contrebalancer. Cela donne une certaine touche de jovialité, la musique y contribuant, sans tomber dans le ridicule. Ces scènes sont adroitement ajustées avec celles dites sérieuses. Par exemple : pendant que M. de Rugès effectue une visite au ministère de la Marine pour avoir d'éventuels renseignements sur les disparus du naufrage, les filles cueillent avec enthousiasme et amusement des herbes et des fruits pour aider les pauvres gens du village voisin. Ce mélange d'innocence propre à l'enfance et de drame est bien géré de sorte que le jeune téléspectateur ne soit pas perdu et puisse souffler de temps en temps.
Pour terminer, je dirais que ce dessin animé est également une véritable ode à la tolérance et au respect d'autrui. Cela se voit au travers des échanges avec des personnages issus d'une autre culture comme Jim, l'enfant noir avec lequel Sophie se lie d'amitié en Amérique (chose, en théorie et dans le contexte de l'époque, contraire à sa caste). C'est un peu, sans être le fer de lance, l'occasion d'une critique en filigrane, mais au travers des yeux innocents d'une enfant, de la société de plantation. Ce chapitre des Amériques ne figure d'ailleurs pas dans le roman d'origine et est totalement inédit. Dans ce même registre, on peut citer également le cas des Indiens, traité sans manichéisme primaire mais avec intelligence et finesse. Est aussi mis en avant, ce qui est un thème récurrent, la volonté d'aider les plus mal lotis que soit. Enfin, la série pousse jusqu'à la substantifique moelle le thème du repentir et du pardon avec des personnages comme Sophie, dont la méchanceté apparente cache au fond un cœur d'or, ou Mme Fichini au seuil de la mort et lors d'une ultime confrontation avec l'héroïne. Cette femme malade paraît alors plus pathétique que haïssable, inspirant même la pitié au spectateur en dépit de toutes ses mauvaises actions passées.
Au final, Les Malheurs de Sophie est un joli conte certes poignant mais teinté d'un beau message humaniste : un enfant, même le plus capricieux, peut apprendre de ses erreurs en s'ouvrant aux autres, en prenant son cœur ou son courage à deux mains face à l'adversité et de ne jamais garder pour soi ses tourments. Il suffit de voir le portrait idéaliste fait de Sophie, devenue petit à petit une gentille et généreuse jeune fille puis une femme rangée à l'âge adulte.
-Bubu- |
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| Note de la rédaction | | En tant qu'héroïne éponyme, Sophie est le seul personnage à apparaître dans chacun des 26 épisodes. L'ordre chronologique des épisodes adaptés des Malheurs de Sophie est différent par rapport au roman pour correspondre davantage à la réalité historique. Les épisodes racontant le naufrage et le séjour de Sophie en Amérique ne font pas partie des romans, où le décès des parents de Sophie et ceux de Paul ne sont que mentionnés. Dans les romans, Camille est blonde et vive et Madeleine châtain-brune et réservée. Dans le dessin animé, ces deux personnages sont inversés aussi bien pour le caractère que pour le physique. Dans les livres, Camille et Madeleine ont trois cousins, Jean, Léon et Jacques. Ce dernier n'apparaît pas dans le dessin animé, et la majeure partie de son rôle dans Les Vacances est repris par Marguerite. Certains chapitres ainsi que l'histoire de la poupée perdue de Marguerite dans Les Petites Filles modèles ont été omis. Dans ce même livre, le boucher, Hurel, meurt accidentellement, laissant sa femme et ses enfants. Dans le dessin animé, c'est lui le veuf et il épouse Elisa, la bonne de Camille et Madeleine, dans l'ultime épisode. Dans le livre Les Vacances, Paul est le parrain de Pauline alors que dans l'émission, c'est Sophie qui en est la marraine (épisode 26). |
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Les Malheurs de Sophie © 1997 DEYRIÈS Bernard, La Comtesse Sophie de Ségur / Studio SEK
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